Dans Fourteen Leaves and a Cup of Water, Michelle Piergoelam (Pays-Bas) explore le savoir botanique des communautés réduites en esclavage au Suriname. Ce savoir constituait une source essentielle de force et de résistance. Les personnes asservies reconnaissaient dans la flore surinamaise des plantes apparentées à des espèces africaines et savaient quelles feuilles possédaient des propriétés médicinales et quelles plantes étaient comestibles ou toxiques. Elles savaient aussi comment utiliser ces plantes pour survivre, voire empoisonner leurs oppresseurs. Ce savoir-faire ancestral leur a permis d’endurer des conditions de vie extrêmement difficiles, de s’évader, de survivre et de fonder des communautés libres dans les denses forêts tropicales du Suriname.
Pour ce projet, Piergoelam s’est rendue pour la première fois au Suriname, pays natal de ses parents, en 2024. Au cours de son périple à travers la forêt tropicale, elle a photographié des plantes décrites pour la première fois en 1755 par le biologiste suédois Daniel Rolander. Observateur européen, Rolander a documenté l’usage des plantes au Suriname et consigné les échanges de connaissances entre les personnes réduites en esclavage et les communautés locales. Ses récits de résistance, des actes quotidiens aux courageuses tentatives d’évasion, et son observation selon laquelle les personnes réduites en esclavage connaissaient la forêt « comme leur poche », sont devenus une source d’inspiration majeure pour Piergoelam. Grâce à une collaboration avec des biologistes de Naturalis et des partenaires locaux au Suriname, notamment Irvin Ristie, qui l’a guidée dans la forêt tropicale, et le chaman Amashina Oedemmaloe, le projet tisse des liens étroits entre art, chamanisme et science.
Au Suriname, de nombreuses coutumes traditionnelles sont restées largement inchangées. On continue de sculpter des coupes dans le bois blanc du kwasibita et de les remplir d’eau ou d’alcool ; cette boisson amère est utilisée pour combattre la fièvre paludéenne. Le drunguman (ivrogne), plante très toxique ainsi nommée en raison de la démarche titubante qu’elle provoque, n’est plus utilisé pour empoisonner les Européens, mais subsiste dans les bains de plantes destinés à conjurer les forces du mal. Le Suriname, société multiculturelle à la biodiversité exceptionnelle, possède des milliers de noms de plantes locales, dont certains n’ont pas encore été répertoriés. Près de 270 ans après Rolander, la forêt tropicale surinamaise recèle encore de nouvelles histoires qui ne demandent qu’à être racontées et révélées.
Dans le cadre de cette pratique plus large, « Quatorze feuilles et une tasse d’eau » constitue le troisième chapitre du projet en cours de Piergoelam, « Les contes démêlés » (2020-présent), où elle explore les sources d’espoir et de force chez les personnes réduites en esclavage au Suriname. Son travail se concentre sur les histoires sous-représentées, les traditions orales et la résilience de la mémoire culturelle. Elle s’intéresse aux récits préservés par des moyens non écrits, tels que le folklore, les rituels, les langages secrets, les chants, les vêtements et les plantes, en accordant une attention particulière au patrimoine surinamais et à l’héritage de l’esclavage transatlantique.
L’ouvrage «Fourteen Leaves and a Cup of Water» est coédité avec le Centre de biodiversité Naturalis.
Dimensions : 210 x 315 mm
Nombre de pages : 148
Reliure : Couverture rigide
Tirage : 900 exemplaires.
Conception et photographie : Michelle Piergoelam
Conception : Sybren Kuiper (-SYB-)
Production : Jos Morree (Fine Books)
























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